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Etude sur l'Immigration Polonaise et le "POLOGNE" de la CGT en 1917

Gérard Palmowski

KORZEN ou Histoire de ma famille et de mes racines Mes grands-parents habitaient en Pologne un village nommé Zawidz, aujourd'hui jumelé au village voisin Kòscielny dans la voïvodie de Plock. Mon grand-père, Ignacy Palmowski, né en 1890, était régisseur d'un domaine pendant que ma grand-mère Stanislawa, de cinq ans son aînée, née en 1885, de son nom de jeune fille Soboscinska, assurait la fonction de gouvernante dans cette même propriété. A l'époque la Pologne, rayée de la carte de l'Europe en tant qu'état indépendant, est profondément divisée, sous les tutelles alternativement tsariste, prussienne ou autrichienne. Déjà dès 1888, Henryk Sienkiewicz, à la tête de la résistance littéraire, exalte dans son quotidien le "Slowo", le passé de la Patrie. Le maréchal polonais Jòzef Pilsudski, tente en 1914 de prendre le pouvoir et de restaurer l'âme polonaise. L'écrivain Zéromski, ami de Pilsudski, a pathétiquement brossé en 1939, cette époque troublée, de combats, de pillages et de misères. Bientôt la première guerre mondiale achèvera de mettre la Pologne à feu et à sang. Ignacy Palmowski enrôlé dans les Légions polonaises, de la cavalerie des "indépendantistes" de Pilsudski, se battra en vain contre les allemands puis contre les russes. Les persécutions autrichiennes, allemandes et russes, la chasse aux sorcières contre la szlachta, dont la famille Palmowski fait partie, la montée du bolchevisme, la misère de la paysannerie polonaise, incitent mes grands-parents à chercher des lieux plus accueillants. La guerre russo-polonaise cessera bien plus tard, rappelons que le traité de Riga, ne sera signé qu'en 1920. Le domaine de Zawitz, abandonné par ses propriétaires et saisi par les occupants successifs, tombe en desuètude, la misère sévit et chacun survit comme il peut. Après la déportation, en juillet 1917, de Pilsudski à Magdebourg par les allemands, mes grands-parents décident de partir vers les Etats-Unis. *Beaucoup d'émigrés quittent aussi, en grand nombre, l'Europe ruinée par la guerre, déséquilibrée par le remaniement des frontières et en proie à une crise aigüe du chômage, pour chercher fortune en Amérique. Mais dès 1918, un mouvement d'hostilité à l'émigration européenne se dessine aux Etats-Unis. Il s'accentue au cours de l'année 1920 où l'on compte 3 millions de chômeurs, tous étrangers. En plein hiver 1917, ma famille embarque sur un cargo américain, *le "Rawson" qui sera revendu à la Compagnie Générale Transatlantique et deviendra en 1921, le "Pologne". Ce bateau qui amena ma famille en France s'appelait à l'origine "Oregon". Construit en 1911 à Sunderland, c'était un petit cargo en acier, marchant à la vapeur. Ils traversent la Baltique sur le pont avant du cargo, trempés, transis, malades, sur une mer démontée et glaciale qui balaie de ses lames puissantes le gaillard d'avant. Le port du Havre, le bien-nommé, est aussi le bienvenu... Mais seul, le frère de mon grand-père, célibataire, réunit les conditions exigées par la *Dellingham Emigration Bill, l'autorisant à partir vers les USA. Ignacy marié, père de famille, avec quatre enfants, est refoulé par l'immigration, et contraint de rester en France. L'homme de la terre qu'il est, quitte le Havre et part "bûcheronner" dans la grande forêt d'Ecouves, près de Sées dans l'Orne. Il s'installe en bordure de forêt dans un tout petit village, Le Bouillon. Le lot quotidien de la famille sera celui de tous les immigrés : misère, isolement, déracinement, ostracisme, intolérance. Mais la famille s'intègrera facilement et restera en France en faisant souche. Elle deviendra française par naturalisation. * Documents aimablement fournis par l'Association French Lines.

Récit rédigé par Gérard PALMOWSKI


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