Pierre de Morsier naît à Genève en 1908.
La mer l’attire. Ses études terminées, il entame une carrière d’officier de la Marine marchande. L’armement Dreyfus le compte dans ses rangs puis ce sont les Pétroles d’Outre-Mer. Parallèlement, il est enseigne de vaisseau de réserve de la Marine nationale.
En 1939, son brevet de CLC en poche, il est maintenant second capitaine alors que la guerre est sur le point d’éclater. Il est mobilisé.
C’est la «drôle du guerre». Un plan de l’Etat-major visant à contrecarrer le ravitaillement de l’Allemagne en pétrole roumain le fait participer à une mission militaire envoyée à Bucarest. Secrète s’il en est, l’opération n’en est pas moins prenante. Toutefois, le printemps 40 est arrivé. Très vite, les évènements s’emballent. L’EV de Morsier se trouve à Istanbul lorsque l’Armistice est signé.
D’emblée, il est de ceux qui refusent l’inéluctable; ou ce qui semble l’être en ce moment terrible, sinon absurde, que vit la France.
Nous, nous savons la fin de l’histoire… Celle-ci a pris le temps de s’ordonner et même de devenir (trop) évidente dans nos esprits! Imaginons seulement ce que représente cet acte de foi pris alors par une poignée d’hommes, dans la solitude absolue. Quel que soit le lieu où les circonstances les ont essaimés. Ces hommes ressemblent aux héros antiques. Lorsque la cause s’avère immanente. Autrement dit, quand le fait d’avoir raison contre tous est (d’abord) un grand tort...
La poursuite du combat s’impose à Morsier comme une évidence. Il rallie Beyrouth. Beyrouth où la confusion s’est déjà installée. A l’Appel du 18 juin, ont suivi la valse-hésitation du général Mittelhauser, enfin et surtout le drame déroutant de Mers El-Kébir. Il quitte le Liban et, ayant gagné Alexandrie, il s’engage dans les F.N.F.L.
Le 13 décembre 1940, le paquebot Britannic, qui l’emmène, touche Liverpool après un long périple via Suez et le cap de Bonne Espérance. L’action l’attend ainsi qu’une semi-carrière dans la « Royale ». D’abord affecté au cuirassé Courbet, bâtiment-base des Français Libres à Portsmouth, il embarque ensuite sur le contre-torpilleur Léopard. Comme second, il s’initie à l’escorte des convois. Brièvement, puisqu’en mai 41, il devient son propre chef à bord de la Lobélia, une des corvettes confiées aux Free Frenchies par la Royal Navy. Saluons donc, en passant, ces officiers du « commerce » qui les ont commandées en ces années noires de la Bataille de l’Atlantique. D’autant plus que leur ralliement datait de la première heure.
S’ensuivent deux années à jouer au chien de berger. Un jeu dont dépendent, à chaque traversée, la vie de centaines de marins et le sort de milliers de tonnes d’approvisionnements vitaux pour la poursuite de la guerre. Une rude tâche menée par tous les temps, tout le temps ou presque. Epuisante, ingrate. Où la déception est omniprésente tant le succès est rare. En février 1943, toutefois, la Lobélia est récompensée de son obstination. Elle coule l’U609. Le 8 mai, le LV de Morsier débarque.
Après un bref passage à l’état-major de la Marine à Alger, il rejoint le 1er régiment de fusiliers-marins, une unité dont peut dire qu’elle est fougueuse sinon ardente au combat. En juin 44, il succède, à sa tête, à Amyot d’Inville tué à Montefiascone, Amyot d’Inville, autre figure des FNFL, ex capitaine au long cours lui aussi. Le temps de la reconquête a sonné. Après l’Italie, la Provence vers la Lorraine et le Rhin. Mai 45, c’est mission accomplie.
Le reste est de l’accastillage. Il quitte la Marine en1948. Sans doute celle-ci n’est déjà plus tout à fait la même, la société humaine non plus d’ailleurs, qui renoue avec les vieux démons.
Devenue à la fois civile et terrestre, sa vie va s’étirer ensuite de manière presque ordinaire, voire déconcertante après tant de mouvements. Ce qui pourrait vouloir nous rappeler : à grande cause haut les cœurs; le temps est-il passé que chacun doit retrouver sa place. Ce qui, en tout cas, symbolise cet homme de principe, qui ne confondit jamais l’engagement d’honneur avec le baroud.
Pierre de Morsier meurt le 18 septembre 1991.
