Contrairement aux habitudes de la Compagnie Générale Transatlantique, le paquebot Haïti n’a pas été construit à Saint-Nazaire mais aux Chantiers et Ateliers de Provence à Port-de-Bouc. Le 7 septembre 1913 a lieu son lancement et comme de coutume, la marraine coupe le ruban avec une hache spécialement dédiée à cette occasion. A ce moment précis, le navire qui n’est pas encore achevé, glisse sur sa cale et va rejoindre son élément : l’eau.
Petite hache formée d’un fer tranchant en métal argenté pris entre deux bagues du même métal et d’un manche légèrement courbé en bois de palissandre. Sur le fer est inscrit : « C.A.P Lancement du Haïti 7 septembre 1913 ». Le manche poli, est orné à son extrémité d’un motif inspiré de godron et près du fer, d’initiales appelées chiffre en métal argenté rapporté sur le bois.
Dimensions : 31 cm de long et 14.5 cm de large.
Cette hache exécutée dans des matériaux luxueux, servait à couper le ruban. La Marine étant toujours très attachée aux rappels historiques, cet outil ferait référence aux lancements plus anciens des grands vaisseaux à voile, lorsqu’ un forçat muni d’une hache allait fendre le dernier tin qui retenait le bateau. S’il avait le temps de courir, il était sauvé sinon il périssait sous la coque. Histoire vraie ou légende, Haïti sera mis en service en 1914 et lancé pendant le conflit dont il sortira indemne.
Vue de la construction du Fort Trinité
Le lancement est un moment important dans la vie du navire et du Chantier. Construit sur cale, le bateau est mis à l’eau lors d’une cérémonie appelée le lancement. Ce dernier a lieu à différents moments de la construction suivant les infrastructures du Chantier. En général, le navire n’est pas achevé. A Saint-Nazaire par exemple, les machines, les cheminées et tous les emménagements sont montés sur le navire après, lorsqu'il est placé en bassin d’armement.
Lancement du Fort Trinité à Port-de-Bouc
Le lancement est un moment important dans la vie des chantiers. En premier lieu, il marque une étape dans la construction. Il est suivi également du règlement d’une partie des travaux par l’armateur. Enfin, il est une fête à laquelle participent les personnalités, les ouvriers et parfois leur famille.
« Si haut que l’on remonte dans le cours de l’histoire, il semble bien que les lancements de navires aient toujours donné lieu à quelque forme de cérémonie. Un compte-rendu babylonien du lancement de l’Arche de Noé qui nous est transmis du XXIe siècle avant J-C. fait déjà mention du sacrifice de deux bœufs. Les sagas islandaises font état d’une coutume appelée le « Ber sanglant » qui voulait que des êtres humains soient à dessein écrasés sous les couettes du navire lors du lancement. Le Capitaine Cook relate une coutume semblable en usage dans les îles des mers du sud. Dans certaines contrées de l’Inde, à l’heure actuelle, les navires écrasent sur leur cale de lancement des pastèques préalablement vidées de leur chair et emplies de curcumine et de vermillon, en éclaboussant d’un beau liquide rouge coque et spectateurs. Sans doute s’agit-il là de la survivance symbolique de sacrifices humains dont le sens n’était autre que de la volonté de transférer au navire l’âme et la vie des sacrifiés. »
Article anonyme Courrier des Messageries Maritimes n°65, 1961
Le paquebot Haïti
A consulter également : la page consacrée au paquebot Haïti sous la rubrique 'histoire maritime'.
« Il semble que l’on ait renoncé entre 1610 et 1664 à suivre la coutume qui voulait que le parrain monta à bord, le navire étant encore sur cale et se laisse glisser avec lui jusqu’à la mer. Sans doute a-t-on, un jour, estimé qu’il était inutile de faire courir des risques à quelque éminent personnage. Puis l’on décida que les cérémonies de baptême n’auraient désormais lieu qu’après que le navire serait à flot. »
Article anonyme Courrier des Messageries Maritimes n°65, 1961
René Simon, Lancement du Napoléon le 4 avril 1959 à La Seyne. La marraine coupe le ruban avec une hache.