Objets cultes des années 60-70, les verres Duralextm ont également investis les salles à manger des équipages à bord des navires de la Compagnie Générale Transatlantique. En raison de son verre réputé incassable, il est le bienvenu à bord pour pallier aux accidents qui peuvent y survenir (maladresse, tempête, roulis).
Auteur : Duralextm
Titre : Tasse en verre avec le monogramme CGT
Mesure : 9 cm de diamètre, 5 cm de hauteur
Matière : verre
Epoque : XXe siècle
Technique : verre trempé
Localisation : Collection French Lines, Le Havre
Les premières productions de verre datent du troisième millénaire avant Jésus Christ, au Moyen-Orient et en Egypte. Il faut attendre le Ier siècle avant Jésus Christ, en Phénicie, pour que le verre soufflé démocratise l’usage du verre pour les récipients et les vitrages.
Chimiquement, le verre est principalement constitué de silice issue du sable pur (55 à 80%). Ses autres composants (plomb, soude, potasse, magnésie) définissent les variantes possibles comme le verre usuel, le verre électrique, le cristal…
Pourtant, dans l’histoire du verre, une révolution est née au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. En effet, Saint-Gobain, entreprise spécialisée dans le verre depuis le XVIIe siècle, dépose la marque Duralex le 6 juin 1945 (allusion malicieuse à sa résistance inspirée de la citation latine « Dura lex, sed lex » qui signifie « La loi est dure, mais c’est la loi »), et se lance dans la commercialisation d’une vaisselle réputée incassable. Mais, avant d’investir les cuisines des ménagères françaises, Saint-Gobain se préoccupait de la sécurité routière. En effet, ses chercheurs, avant la guerre, avaient mis au point un verre trempé pour les vitres des automobiles. Ce verre, après le modelage est descendu à 550°C puis refroidi par soufflage d’air à température ambiante. C’est le choc thermique provoqué par ce rapide refroidissement qui confère au verre sa résistance.
Flairant un marché prometteur, l’entreprise lance alors son premier verre empilable, le « Gigogne » (ventru avec une ligne au milieu) en 1946, fabriqué par la verrerie de La Chapelle-Saint-Mesmin dans le Loiret.
L’étude du patrimoine industriel est encore récente, en effet, la commercialisation de masse de ce verre et son usage courant (les verres Duralex règnent dans les cantines) n’ont pas fait l’objet d’étude. Bien loin des verreries des frères Daum ou d’Emile Gallé, Duralex s’invite peu à peu parmi les ouvrages traitant de design au même titre que le stylo Bic, la bouteille Perrier ou le presse purée Moulinex (Le verre Duralex a été recensé dans un numéro des Carnets du design publié par l’Agence pour la Promotion de la Création Industrielle en 1986). Que d’inventions françaises !
Dans les années 1970, Duralex, le verre « made in France », se vend dans près de 120 pays. Alors pourquoi ne pas fournir la Compagnie Générale Transatlantique ? Bien évidemment il ne s’agit pas de servir les meilleurs vins français, aux passagers, dans un gobelet de cantine, mais il convient tout à fait à la table de l’équipage.
Lorsque l’on évoque les modèles de verre Duralex, tel que le « Picardie » (plus étroit et biseauté), le « Provence » ou le « Savoie »…, on ne peut s’empêcher de voir un lien avec les navires de la Compagnie de type provinces. En effet, La Savoie, La Provence et Picardie se sont illustrés dans l’histoire de la Compagnie Générale Transatlantique. Picardie à eu une courte carrière à la Transat, lancé sur la ligne de New York, ce cargo a coulé deux ans après son lancement, en 1883. La Savoie a connu un autre destin. Sister ship de La Lorraine, lancés respectivement en 1901 et 1900, il a participé à la revue navale donnée pour le couronnement de Georges V. Pendant la guerre, il a transporté les troupes serbes de Corfou à Salonique, puis déréquisitionné et transformé en classe unique, il a été affecté au transport d’émigrants. Quant à La Provence, lancé en 1906, il a été le premier navire Transat équipé de la TSF et le premier sur lequel était imprimé l’Atlantique, le journal à l’usage des passagers.
Sur chaque navire, l’espace est rare et limité. C’est pourquoi l’approvisionnement, est une chose minutieusement calculée et, par conséquent, la nourriture de l’équipage rationnée. On peut lire sur le tableau d’équivalence des rations des équipages (Arrêté du 20 juillet 1910, modifié le 6 mai 1938) qu’un mousse de moins de 17 ans peut consommer quotidiennement 30 cl de vin ou 1l de cidre ou bière. Notre tasse Duralex a sans doute contenu un peu de café. Une ration supplémentaire de café était même accordée au personnel de la machine, de quoi veiller pendant les quarts de nuit.
L'équipage du paquebot Normandie à table, loin des fastes de la salle à manger des passagers
D’autres types de navires de la marine marchande accordent des rations supplémentaires de café ou de thé aux équipages : les bâtiments voyageant à Terre-Neuve, en Islande, et autres régions froides. Pour les navires se trouvant au sud du 45e degré de latitude Sud (ou lorsque la température, prise à 9 h du matin, ne dépasse pas 5° C), le personnel peut avoir 5 g de thé ou 15 g de café. Pour les bâtiments se trouvant, soit dans la région de Terre-neuve, soit en Islande, soit dans la Mer du Nord ou à proximité du cercle polaire antarctique, les rations s’élèvent à 10 g de thé et à 25 g de café.
Roussel Frédérique, « Duralex, les déboires d’un verre culte », in Libération 19 octobre 2005
1997 004 5346 tableau d’équivalence des rations des équipages