Né au début du XXe siècle, L’Atlantique paraît quotidiennement à bord des paquebots de la Transat. Cet outil de communication sans pareil assure le relais entre le monde extérieur et le navire, mais aussi entre le personnel de la Compagnie et les passagers. Il constitue par la même occasion une véritable vitrine de la France pour les passagers étrangers voyageant sur l’Océan Atlantique Nord.
Titre : Le Journal « L’Atlantique »
Dimensions : 31,6 x 48,8 cm – 12 pages.
Matière : Papier, encre.
Technique : Impression : La matrice du document à imprimer est réalisée dans un cadre de bois, à l’intérieur duquel les caractères de plomb sont insérés chacun à leur tour. Ainsi composée, elle est ensuite placée dans une presse, puis les exemplaires sont tirés un à un. Toutes ces opérations sont effectuées manuellement.
Date : 23 avril 1926.
C’est en 1905 que le Président de la Compagnie Générale Transatlantique, Jules Charles-Roux, dote le navire La Provence de la première T.S.F. (Télégraphie Sans Fil) et, par la même occasion, du premier journal imprimé à l’intention de ses passagers : L’Atlantique.
Ce quotidien, qui ne paraît qu’au large, est constitué d’une partie pré-imprimée à terre comprenant des articles d’intérêt général ainsi que des réclames. Les nouvelles reçues par la T.S.F. sont ensuite ajoutées par dactylographie dans des encarts spécifiques. Sa composition doit donc toujours être identique, incluant les nouvelles de la terre et celles propres à la traversée.
Un numéro de l'Atlantique
On y trouve des informations très variées : les cours de la bourse (Paris, Londres et New York), les dernières collections de la haute-couture parisienne, les plus récents échos des mondanités, la météo, le menu du dîner, la distance parcourue, le nom des navires croisés la veille, le programme des activités de la journée, ou bien encore les résultats du championnat français de football et ceux de la ligue nationale américaine de hockey-sur-glace.
Au début du XXe siècle, il publie régulièrement des articles portant sur l’actualité littéraire, artistique et scientifique. Dans ce numéro, une des rubriques est ainsi consacrée à la présentation d’un artiste français qui participe activement à la vie culturelle de son temps : Claude Monet. On le voit d’ailleurs en couverture assis à son bureau, dans sa maison de Giverny, ainsi que dans son jardin. Ces clichés, publiés pour la première fois par le quotidien de la Transat, sont l’oeuvre de la photographe américaine Thérèse Bonney (1894-1978).
L’Atlantique doit remplir deux missions : d’une part, être le premier contact entre la France et ses visiteurs, et d’autre part, être le lien entre l’état-major des navires et les passagers. C’est pourquoi il est distribué gratuitement à chacun d’entre eux.
Un numéro de l'Atlantique
Ce journal connaît une longévité importante : il perdure en effet jusqu’à la fin de France en 1974. Sa formule éditoriale connaît donc quelques modifications tout au long de sa brillante carrière. Son bilinguisme, tout d’abord français-anglais, devient ensuite français-espagnol sur les lignes reliant l’Amérique du Sud, et son nombre de pages varie régulièrement.
Industriel savonnier, armateur, homme politique, amateur d’art et mécène, Jules Charles-Roux (1841-1918) joue un rôle capital dans le développement de la ville de Marseille sous la Troisième République.
Conseiller municipal en 1887, puis député républicain modéré en 1889, et enfin conseiller général en 1895, il milite en faveur du libéralisme économique. Il est favorable au percement du Canal de Suez et à l’expansion coloniale, dont il est un ardent promoteur, notamment en organisant en 1906 l’Exposition coloniale de Marseille.
Dans les années 1900, Jules Charles-Roux couronne son parcours en accédant à la présidence de plusieurs compagnies maritimes. Ainsi en 1904, il prend la tête de la Compagnie Générale Transatlantique, qui connaît de graves difficultés économiques.Il mène alors tambour battant sa restructuration financière, sa réorganisation administrative et commerciale, en développant la flotte, les lignes, les fonds de commerce et les réseaux d’agences. Il devient d’ailleurs président du Comité Central des Armateurs de France en 1910.
C’est également un grand collectionneur et mécène des artistes de son temps. Défenseur de l’identité provençale, il soutient activement son ami Frédéric Mistral et le mouvement du Félibrige.
Son intense activité dans de multiples domaines lui vaut d’être surnommé par ses contemporains « le grand Marseillais de Paris ».
Jules Charles-Roux
Conservé dans le fonds d’archives de la Compagnie Générale Transatlantique, Consultable sur demande et sur rendez-vous au Centre de Documentation de l’Association French Lines – Le Havre.