L’activité de la Compagnie Générale Transatlantique a fortement marqué de son empreinte la ville du Havre et son urbanisme. Il existe encore aujourd’hui des traces de cette activité comme celle du bassin de marée. L’aspect de cette partie du port n’a pratiquement pas changé depuis 1952 date de la reconstruction de la gare maritime.
Les paquebots de la Compagnie Générale Transatlantique ont eu différents postes à quai dans le Port du Havre. Au XIXe siècle, ils sont au Bassin de Leure (ou l’Eure) mais ce dernier se révèlera trop étroit par la suite et le passage de l’écluse limite les entrées et les sorties.
Le quai Johannès Couvert
Au début du XXe siècle, la Compagnie occupe le quai de Broström puis la gare du quai d’Escale accessibles à toutes heures. Après la première guerre mondiale, le Port reprend ses grands travaux avec la construction du Bassin de Marée. Au fur et à mesure de l’avancement du chantier, la Compagnie Générale Transatlantique prend possession du Quai Johannès Couvert, en premier lieu avec le hangar 17, puis à partir de 1935, de la grande gare maritime qu’elle fait construire par Urbain Cassan. La Transat en profite pour centraliser les services nécessaires à l’exploitation de ses navires.
Normandie est un tournant dans l’histoire de la Compagnie Générale Transatlantique. La construction du fleuron de la Marine marchande française à l’époque, est accompagnée de lourds investissements dans les structures d’accueil que ce soit au Havre ou à New York avec l’obtention du Pier 88. Au Havre les travaux de la Gare Maritime sont impressionnants. C’est la première fois que la Compagnie investit autant dans un bâtiment terrestre.
Lors de la construction du quai Johannès Couvert, le Port avait opté pour différentes solutions : un quai plein sur une partie et un quai sur voûtes pour la partie de la Gare maritime. La relative solidité du quai sera un souci permanent pour les architectes. Les travaux commencent néanmoins en 1931. Le bâtiment aura une longueur de 588 mètres permettant de recevoir deux paquebots en même temps. La réalisation en est confiée à Urbain Cassan aidé de Noël Boutet de Monvel.
La gare ferroviaire
L’édifice est construit sur deux niveaux avec au rez-de-chaussée des magasins et des garages et au premier étage un grand hall de plus de 300 mètres de long et une grande coursive. La circulation des passagers se fait à partir du premier étage avec l’embarquement ou le débarquement par des passerelles reliées aux navires. Derrière ce vaste bâtiment, une longue gare ferroviaire permet aux passagers de prendre le train tout en étant protégés des intempéries. Un système de rampes permet également aux automobiles de monter au premier étage et d’évacuer les passagers.
La gare ferroviaire
Comme élément signalétique l’architecte dote l’ensemble d’une immense tour marégraphe de 80 m de haut qui indique l’amplitude des marées. Cet élément architectural deviendra un des emblèmes du port et de la ville du Havre.
Pour tous les bâtiments le matériau choisi est le béton avec une architecture résolument moderne et fonctionnelle comprenant des ouvrages remarquables comme la voûte de la gare ferroviaire recouverte de pavés de verre. L’ensemble est inauguré en 1935.
Les bureaux de l'armement
Dans le prolongement de la gare maritime se trouvent les bureaux de l’armement et les entrepôts des approvisionnements de la Compagnie. Ces immeubles, qui existent toujours, et où est installée l’Association French Lines, sont eux aussi en béton et sont traités avec rigueur. En guise de décor, on peut encore voir aujourd’hui dans l’ancien immeuble de l’armement des mosaïques au mur.
Sur le quai en retour se situe la grande forme de radoub dite Forme 7. Longue de 313 m et large de 38m sa construction a débuté avant la première guerre mondiale en prévision des grands paquebots. Elle est construite à l’aide d’un immense caisson de métal qui a été amené par flottaison et lesté au dessus de la cavité. Elle sera achevée en 1927 et accueillera la plupart des paquebots de la Compagnie Générale Transatlantique pour des escales techniques. A l’intérieur, entre autres, les hélices du Normandie seront changées, Lafayette brûlera en 1938. Endommagée durant la guerre elle sera restaurée à l’identique. Sur le côté de cette forme, un grand bâtiment est construit pour abriter tous les ateliers techniques de la Compagnie. Ces lieux seront investis par la COGER filiale de la Transat.
Durant la Seconde Guerre mondiale, la gare maritime est détruite. Elle sera reconstruite par le même architecte Urbain Cassan en 1952 à l’exception de la tour marégraphe et la gare ferroviaire. L’attention portée à la nouvelle gare maritime ne sera pas la même qu’avant guerre. Le projet est moins ambitieux et fait davantage appel aux éléments préfabriqués ce qui limite les coûts. La Compagnie et l’architecte sont confrontés à de multiples problèmes : financiers tout d’abord avec une France qui est à reconstruire, des dommages de guerre incertains, des relations ambiguës avec le Port Autonome du Havre et techniques enfin avec un quai fragile.
La gare maritime
La gare maritime est toujours visible aujourd’hui quai Johannès Couvert. A la fin de l’exploitation du France, la Compagnie ne l’entretient plus. L’apparition du conteneur révolutionne le stockage et les magasins de la Gare ont peu d’utilité. Le port abat un tiers de cette dernière au centre pour stocker du matériel. Les deux autres parties sont aujourd’hui quasiment à l’abandon. Pour les autres bâtiments concédés à la Compagnie, l’armement déménage Quai de l’Europe et les locaux des approvisionnements ont fait place à d’autres activités. La livraison flotte de la CMA CGM est cependant toujours présente. L’entreprise COGER, quant à elle, est réduite au minimum et a abandonné la plus grande partie des bâtiments. Avec la fin des transatlantiques c’est tout un territoire qui est délaissé et qui est encore visible aujourd’hui. Ce sont les rares vestiges de l’activité de transport de passagers de la Compagnie Générale Transatlantique.